L’ACADIE,

un village
gaulois?

Par Marie-Claude Rioux

bateau acadie

Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute? Non! Un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur. 

Si vous êtes amateurs d’Astérix, bande dessinée française créée par le tandem Goscinny et Uderzo, ce passage vous est certainement familier puisqu’il se trouve au début de nombreuses aventures mettant en scène les habitants d’un petit village gaulois luttant contre l’envahisseur romain. 

Bien des choses se sont passées depuis l’an 50 avant Jésus-Christ. Toutefois, ce qui demeure – et ce que les Acadiens comprennent très bien – c’est cette lutte constante pour préserver une identité menacée par l’« envahisseur » anglo-saxon. En ce sens, l’Acadie n’est pas très différente de la Gaule d’Astérix. Mais comment en sommes-nous arrivés là et, surtout, qu’est-ce que l’Acadie?

Mélanie Joly

Ministre du Développement économique et des Langues officielles
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Notre histoire débute en 1604 alors que des explorateurs français choisissent l’île Sainte-Croix afin de servir de base d’exploration. Après un premier hiver extrêmement difficile, ces premiers colons français fonderont Port-Royal sur le territoire de l’actuelle Nouvelle-Écosse. Port-Royal constitue le premier établissement permanent en Amérique du Nord et, par conséquent, le premier jalon de la fondation de ce qui deviendra le Canada.

La colonie se développera petit à petit principalement le long de la baie Française, l’actuelle baie de Fundy, donnant naissance à un peuple fier, résilient et courageux : le peuple acadien. Rien de tout cela n’aurait cependant été possible sans l’appui des peuples de la confédération Wabanaki, qui occupaient le territoire bien avant l’arrivée des Français : les Penawapskewi, les Abénaquis, les Mi’kmaq, les Pestomuhkati et les Wolastoqiyik.

En 1713, le traité d’Utrecht cède définitivement l’Acadie à l’Angleterre. Selon maître Michel Bastarache, ancien juge de la Cour suprême du Canada, puisqu’il s’agissait d’une conquête, le droit privé existant – à savoir le droit en vigueur sous le régime français – aurait dû être préservé jusqu’à ce qu’il soit changé de façon légale. Ce ne fut pas le cas. L’Acadie est considérée comme un territoire inhabité et le droit anglais est imposé dès 1719, et ce, en dépit d’une lettre de la reine Anne promettant aux Acadiens la préservation de leurs propriétés et du droit de pratiquer la religion catholique.   

Les gouverneurs qui se succèdent adoptent des méthodes de coercition concertées et continues à l’endroit des Acadiens, contrevenant ainsi aux promesses de la reine Anne. On exige un serment d’allégeance; les Acadiens ne peuvent être fonctionnaires, ils n’ont pas le droit de vote et leurs biens sont confisqués; la religion d’État est imposée et les prêtres ne peuvent tenir de charges publiques dans les écoles. 

En dépit de ces mesures, la colonie se développe. Entre 1710 et 1755, la population acadienne double tous les quinze ans et on estime qu’entre 15 000 et 18 000 Acadiens peuplent le territoire de ce qui deviendra plus tard la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard. Cette croissance sera stoppée de façon brutale à partir de 1755.

Raymond Bohn

Président et chef de la direction – NAV CANADA

À titre de nouveau président et chef de la direction de NAV CANADA, je suis honoré de dire, au nom de tous nos employés, à quel point nous sommes fiers de nous unir encore une fois à la Fondation canadienne pour le dialogue des cultures et d’appuyer la 23e édition des Rendez-vous de la Francophonie 2021.

En tant que seul fournisseur de services de navigation aérienne au Canada, NAV CANADA sait que la dualité linguistique fait partie intégrante d’une collaboration efficace, tant au pays qu’à l’étranger, avec des leaders, des clients et des parties prenantes de tous les horizons. NAV CANADA continue de s’engager à respecter les droits linguistiques de ses employés, de ses clients et de toutes les personnes avec lesquelles elle transige, et d’être au service d’un monde en mouvement.

Nous reconnaissons que le bilinguisme est au cœur de notre identité canadienne et sommes privilégiés de nous unir aux Rendez-vous de la Francophonie pour célébrer la langue française dans notre culture, comme le laisse entrevoir le thème de cette année, Acadie, au cœur de mon pays!, qui rend hommage aux Acadiens, dont la culture francophone a survécu, contre vents et marées, au passage du temps.

C’est alors que les autorités britanniques, de connivence avec les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre, ourdissent le projet de déporter les Acadiens pour s’approprier leurs terres et les peupler de colons protestants. Sous prétexte que les Acadiens refusent de prêter le serment d’allégeance, des milliers d’entre eux sont capturés, leurs terres et leurs biens sont brûlés et les familles sont séparées. Toujours selon maître Michel Bastarache, l’ordre de déportation est également illégal parce qu’il est mis en œuvre sans l’assentiment de l’autorité législative.   

On estime que des 18 000 Acadiens habitant la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, l’île Saint-Jean (l’Île-du-Prince-Édouard actuelle) et l’île Royale (île du Cap-Breton), 12 000 sont déportés entre 1755 et 1763, la majorité ne survivant pas aux épidémies, au froid, à la misère, à la malnutrition ou aux naufrages. Quant aux Acadiens qui réussissent à échapper à la déportation, leur sort n’est guère plus enviable : ils sont pourchassés, tués ou emprisonnés. Certains Acadiens capturés seront retenus pour remettre en état les aboiteaux servant à assécher les terres cultivables qui ont été remises aux colons protestants; d’autres seront emprisonnés en attendant d’être déportés sur l’île George , dans le havre de Halifax, et livrés aux éléments alors que les autres prisonniers jouissent d’abris et de rations de nourriture.

À partir de 1763, certains Acadiens choisiront de revenir sur l’ancien territoire de l’Acadie et ce sont eux qui peupleront, entre autres, les régions de la baie Sainte-Marie, de Par-en-Bas, de l’Isle Madame et de Chéticamp en Nouvelle-Écosse ; la région Évangéline à l’Île-du-Prince-Édouard ainsi que le Madawaska, la côte est et la côte nord du Nouveau-Brunswick. D’autres iront s’établir en Louisiane ou au Québec.

C’est cette grande tragédie, que certains nommeront le Grand Dérangement, qui viendra cimenter l’identité du peuple acadien, parce qu’il s’agit bien d’un peuple. Un peuple qui se distingue des francophones du Québec et du reste du Canada de par son histoire et son origine.

Bien des choses se sont passées depuis 1604. Du premier établissement permanent à Port-Royal, le petit village s’est étendu au monde entier. De nos jours, on retrouve au moins 3,8 millions de descendants acadiens dans le monde, dont 500 000 dans les provinces atlantiques, un million en Louisiane, un million en Nouvelle-Angleterre, un million au Québec, plusieurs milliers (voire des associations) dans les autres provinces et territoires canadiens et environ 300 000 en France

Au bout du compte, il est donc permis d’affirmer qu’à l’image des personnages imaginés par Goscinny et Uderzo, d’irréductibles Acadiens résistent encore et toujours.